1 – Egon tu viens de sortir ton nouvel album «Le Grand Je»… peux tu nous dire pourquoi ce titre ? Parce que le petit garçon... Le premier CD s'appelle « Le Petit Garçon », c'était l'idée d'une continuité avec une évolution. Le petit est devenu grand et le garçon est devenu je, c'est une façon d'assumer le coté egoncentré de la chanson, et puis accessoirement c'est un je... de mot !

2 – Entre ton premier mini cd « Le Petit Garçon » en 2004 et « Le Grand Je », on retrouve un goût évident pour l’enfance, le passé, le quotidien… Serais-tu un grand nostalgique ? Tant que ça ! Je ne pensais pas que sur Le Grand Je, on sente autant l'enfance, la passé ; le quotidien je veux bien. Je ne me suis pas figé dans l'enfance et le passé avec « Le Grand Je », j'ai justement eu l'impression de sortir un peu du petit garçon. Grand nostalgique, non je ne pense pas. En revanche, je mesure l'importance de mon enfance et son implication sur ma vie actuelle.

3 – Peux-tu nous parler du processus de création de tes chansons, comment écris-tu, où, quelles sont tes sources d’inspiration, qu’est-ce qui te vient en premier, les textes, la musique…? C'est un travail long et difficile, il y a beaucoup de déchets et le tri n'est pas évident. C'est comme tout autre boulot : je me lève, je m'installe à mon bureau ou sur le lit si le bureau n'est pas accessible, puis j'écris, je joue, je rejoue, je ré-écris, etc. Les sources d'inspiration sont innombrables ça peut partir d'un mot.

4 – Dans la même veine, qu’est-ce qui t’est le plus douloureux ou difficile, l’écriture des textes ou de la musique ? Je dirais les textes, non en fait la musique, attendez... euh les textes ! Je crois que le plus difficile c'est de mettre les deux ensemble : lorsque je trouve une mélodie apétissante, il est très difficile de la réduire par un texte, et inversement, lorsque j'ai un texte alléchant, il faut trouver la musique qui va bien le porter.

5 – Musicalement comment décrirais-tu ton univers ? De quand date ton goût pour la musique et la chanson française ? Je suis complètement incapable de décrire mon univers, je n'ai pas le recul, c'est beaucoup de moi, ça doit donc me ressembler... J'ai toujours eu une relation particulière avec la musique, que ce soit à écouter ou à jouer.

6 – Contrairement à beaucoup de jeunes chanteurs ou groupes qui débutent, tu chantes exclusivement en français, est-ce un choix délibéré et pourquoi ? C'est voulu, en effet, il se trouve que le français est ma langue maternelle et aussi paternelle. La langue française est riche d'un passé de poésie, de littérature, de philosophie, la noblesse de la langue est reconnue dans le monde entier... Non, en fait, c'est que mon accent anglais est très mauvais !

7 – Pourrais-tu nous citer quelques unes de tes grandes influences musicales, qu’écoutais-tu adolescent ? Et maintenant ? J'aime vraiment beaucoup de choses, j'en ai écouté beaucoup, et j'espère en découvrir autant ! Parmi tant d'autres : Jonasz, Daran, Keziah Jones, Albin de la simone, Satriani, Arthur H, Gonzales. En ce moment j'écoute Jeanne Cherhal, « L'eau ».

8 – Existe-t-il un genre musical que tu n’aimes pas du tout… pourquoi ? Je ne crois pas, un genre musical c'est un peu une mode. Le genre musical c'est un peu ce qui habille la chanson, non ? Alors la chanson est-elle un style musical ?

9 – Que penses tu de la chanson française actuelle, tant au niveau national que sur la place bordelaise ? Nationalement, on a des sacrés pointures, la chanson a pris un grand virage depuis quelques années et c'est plutôt bien. Localement, se pose la question de la médiatisation, des moyens mis en place. Trop de projets restent dans des cartons... mais ça dépasse la chanson, c'est le cas de pas mal de projets culturels en ce moment.

10 – Revenons à ton album, sur « Le grand Je » il y a des chansons quelque peu cruelles ou caustiques… sur des personnes, des situations… Est-ce que la chanson est pour toi une forme d’exutoire ? Complètement, peut être que c'est pour cela que ça sort sous des formes « cruelles ou caustiques » ?

11 – Sur ton cd, il y a trois chansons qui invitent à diverses interprétations, je pense à « Aaah », « Idées polaires » et le fameux « Le sauna »… peux-tu nous en dire plus ? Les chansons ont toujours leur petite histoire. Pour « Idées polaires », la chanson est partie de la rupture d'un couple d'amis et j'aimais l'idée du froid polaire dans la tête de celui qui est quitté. Quand au sauna, c'est une histoire un peu plus chaude.

12 – Est-ce que te produire en concert correspond à un aboutissement personnel, une nécessité… ? Les deux. C'est très important. Ca me permet d'exister pleinement dans le présent en tant qu'artiste.

13 - Quel rapport entretiens-tu avec ton public ? Sur scène tu sembles un peu intimidé, peu bavard entre tes chansons… Est-ce une attitude délibérée ? Je crois que le public est aussi timide que moi. Je ne suis pas fan des « stratégies de séduction » que l'on me conseille souvent. L'important est dans la chanson, pas dans le « numéro », non ? Et puis j'ai l'habitude de faire des blagues que personne ne comprend, donc sur scène j'évite de parler !

14 – Jusqu’à aujourd’hui quel accueil t’a réservé le public qui vient à tes concerts ? Plutôt bon, les gens sont parfois curieux et me posent des questions. En général, ils s'expriment peu après les concerts. Ils semble que la distance que j'installe sur scène ne favorise pas les échanges spontanés en dehors. Mais je suis très touché par ce qui se passe pendant que je chante : les regards, les sourires. C'est le plus important pour moi.

15 – Quel va être le single de l’album « Le Grand Je » ? As-tu l’intention de réaliser un clip, une vidéo ? Pour le single, tout dépend des résultats du vote par SMS mis en place par ma boîte de prod. En ce qui concerne un clip, je suis ouvert à toutes les propositions promotionnelles !

16 – Quels univers visuels correspondent le plus à tes chansons (les clips de Boutonnat pour Mylène Farmer, Gorillaz, Daft Punk, Vincent Delerm et Jean-Rochefort…!) ? Je ne sais vraiment pas, je n'ai jamais travaillé avec de la vidéo. Ceci dit, le clip de Delerm me plaît plus que le reste, pour son côté décalé et auto-dérision.

17 – L’album vient de sortir (octobre 2006), quels sont tes projets maintenant, au niveau scène, écriture, collaboration…? Beaucoup de scènes, le plus possible, pour la suite, j'ai pas mal d'idées en chantier, rien de concret, un nouvel album, peut être deux, je reste ouvert !

18 – Ton album a été produit par Bordeaux Chanson, la prise de son et le mixage réalisés par Marc Delmas… Peux-tu nous en dire plus sur cette association, ce chanteur et ton niveau d’implication / collaboration avec eux ? Bordeaux Chanson c'est une histoire d'amour ... Ils travaillent dur pour la chanson et j'ai la chance qu'ils aiment mes chansons. Ce sont des gens formidables, pourvu que ça dure ! Marc Delmas est aussi chanteur, je respecte et j'aime son univers. C'est un bon professionnel. Je tiens à parler aussi des amis musiciens qui ont collaboré en jouant sur ce CD. Aucun d'eux n'avait l'habitude de ce genre d'expérience. Je leur ai demandé de passer d'une pratique confidentielle à une prestation « publique », ça leur a demandé du travail et du courage.

19 – Et pour finir Egon, j’ai entendu dire que tu avais un fan club, qu’en penses-tu ? Quel est ton rapport entre vie publique et vie privée ? Comment comptes tu préserver ta vie privée si le phénomène prend des proportions importantes ? Oui effectivement, j'ai un fan club, je pense qu'arrivé à un certain niveau c'était inévitable ! Forcément ! Ce sont des gens biens, très propres sur eux, je n'ai rien à dire ! Cependant ils s'accrochent aux moindres miettes de paroles, de sandwichs, pour continuer à m'idolâtrer et célébrer mon culte, c'est un peu pénible !

Cher Egon, bonne chance pour ce nouvel album et merci encore d’avoir répondu si gentiment à nos questions

Merci à vous.

Christo et Thierry B.
Bordeaux, 8 novembre 2006